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Samedi 16 avril à 15h

PoéVie
Les écrivains réunis pour une lecture à voix haute à la libraire Liber & Co

(Article du Télégramme et photo : Roselyne de Montesquiou)

Pour Bénédicte Liber, responsable de la librairie Liber and Co située au 2 rue des remparts à Palais, « réunir des poètes pour ce moment de lecture est une bouffée d’oxygène après la période de fermeture sanitaire. Je voulais les entendre dans le jardin, cet instant pourrait s’appeler POÉ-VIE », explique-t-elle.

En premier : Falmares, jeune réfugié guinéen venu lire un passage de son troisième livre "Tropique Printanière".

Ensuite, Léa Dubreuil, professeur au collège Michel-Lotte, a lu "Désir" un poème extrait de son recueil "Bastia",

puis ce fut au tour du "troubadour de Kervi", connu sous son nom de Marane, de s’exprimer...

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Cercle de lecteurs Jeudi le 5 mai 2005 
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Le gardien du port connaît bien Charlesia. Elle passe régulièrement devant sa guérite et se dirige vers le quai. Elle scrute l’horizon, dans l’attente vaine d’un bateau qui la ramènera dans son île natale.

Diego Garcia n’est plus qu’un souvenir, la nostalgie douloureuse d’une vie simple rythmée par la production de Coprah, les jeux des enfants, le seraz de poisson-banane et le séga du samedi soir.

Depuis des années, Charlesia se heurte à l’incompréhension, aux questions sans réponses qu’elle ressasse et que lui pose un jeune homme. Désiré pourrait être son fils. Confronté au mystère de la naissance, il découvre peu à peu le drame de ses parents, et de son entourage. Les voix de Charlesia et de Désiré sont légères et inquiétantes.



Au-delà de leur révolte, c’est le drame intérieur des Chagossiens que raconte Shenaz Patel, leur déportation et leur existence de déracinés à l’île Maurice, depuis que Diégo Garcia est devenue une base militaire américaine.



Extrait


Extrait des pages 9 à 11

C’est une pluie d’îles posées sur la mer. Frangées de sable blanc, un semis de gouttelettes laiteuses qu’on pourrait croire tombées du pis indolent de la Grande Péninsule, dans la traîne des îles Maldives.

Chagos. Au milieu de l’océan Indien, un archipel en équilibre précaire, dans la courbe arquée de la dorsale médio-indienne. Emergeant du Plateau Tchagos-Laquedives, une soixantaine d’îlots répartis en quatre atolls. Peros Banhos, Salomon, Egmont, Diego. Diego Garcia.



Témoins de fractures anciennes, de soulèvements de l’océan, de brutales éruptions volcaniques, de soubresauts telluriques qui fragmentèrent violemment l’hypothétique Gondwana, ce grand continent primitif qui se serait étendu entre l’océan Indien et l’océan Pacifique, pour donner naissance à la mythique Lémurie. Elle-même démembrée, explosée, engloutie pour ne plus laisser que des traces éparses, quelques îles affleurant sur la mer.



Les Chagos ont-elles participé de ce mythe? Gardent-elles dans leur socle, sous leur couronne de corail, le souvenir ancien de ces convulsions de la terre, de ce déchirement fondateur ?



Chagos. Un archipel au nom soyeux comme une caresse, brûlant comme un regret, âpre comme la mort…

À des kilomètres de là, presque en ligne droite en remontant vers le nord, se découpe une autre terre. Montagneuse, rude, au nom qui siffle.

Afghanistan. Un enfant lève les yeux. Un courant d’air chaud lui crispe la peau du visage. Il n’y a plus rien au-dessus de lui. Rien qu’une voûte incandescente qui crache des étincelles et des pépites brûlantes. À côté de lui, sa mère est allongée, ses grands yeux étonnés ouverts sur ses jambes, étalées pieds en dedans, à deux mètres de son corps. Dans le ciel, très haut, deux masses sombres rôdent. Un dernier tour au-dessus du tas de ruines embrasées, puis les B52 repartent, allégés de leurs bombes, vers l’océan Indien qu’ils rallieront en quelques minutes à peine, vers leur base là-bas, à Diego Garcia, point de mire des Chagos.



Plus bas vers le sud-ouest, un autre enfant s’accroche à la main de sa mère, appuyée à la rambarde qui encercle l’eau prisonnière du port. Derrière eux, des touristes en bermudas fleuris d’hibiscus multicolores s’attardent pour déchiffrer une carte sur un grand panneau qui affiche en lettres rouges : Port Louis welcomes you, Bienvenue à l’île Maurice.



L’enfant sent l’odeur tiède des parts de pizza que l’un d’eux porte dans une boîte en carton plat, sur laquelle un pirate s’apprête à partir à l’abordage d’un couteau et d’une fourchette décidés. Il a faim lui aussi. Il tire sur la jupe de sa mère. Elle ne le regarde pas. Elle a les yeux perdus, là-bas, vers la fente à peine perceptible où le ciel bleu se glisse dans la mer bleue.



Il sait que, ce soir, quand elle lui parlera, ce sera pour lui dire les mêmes mots: Chagos. Diego. Déportation. Exil forcé. Base militaire. Des mots qui chuintent et qui frappent, des mots qu’il appréhende sans en savoir le sens, parce qu’ils l’éloignent, parce qu’ils la déchirent et font couler parfois de ses yeux des larmes silencieuses qui glissent le long de son visage dans le pli amer qui contourne sa bouche.



Il a faim, et il est fatigué. Cela fait des heures qu’ils sont là, et il n’y a rien à voir, rien que cette eau étale et grasse, vide de ses bateaux que le développement portuaire a repoussés beaucoup plus loin, trop loin du regard. L’enfant tire avec insistance sur la jupe de sa mère. Elle baisse enfin la tête vers lui. Une brume étrange habite ses prunelles. Peu à peu, il y distingue une silhouette, qui avance d’abord d’un pas mal assuré, s’approche, une silhouette d’enfant, de plus en plus précise, il porte le même short que lui, et il a sa tête, c’est lui, il est là, dans les yeux de sa mère, mais pas ici, pas sur ce quai gris encerclé de bâtiments qui fusent vers le ciel. Il avance, et sous ses pas du sable, du sable blanc à peine froissé par ses orteils, et derrière lui, des palmes vertes se balancent indolemment. Il avance, il tend la main, il sent qu’il va sourire. Un rideau de pluie l’efface. Sa mère ferme les paupières. Et il ne sait pas d’où vient cette fracture à l’intérieur de son corps, elle court du ventre à l’estomac et s’emplit d’un écho venu de trop loin. Des entrailles de l’océan Indien.




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